Les maquis à Abidjan et en Côte d'Ivoire

Maquis de Côte d'Ivoire
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La Côte d’Ivoire est bien connue pour son argot bien singulier. S’il y a un mot dans ce langage original qui résiste au temps, c’est bien le mot maquis. Ne faisant pas l’objet d’une définition claire et précise, on pourrait s’appuyer sur les endroits dénommés maquis pour fixer une définition. Un maquis, c’est un espace de restauration et de consommation de boisson à prix réduit comportant des caractéristiques particulières. Les maquis existent en Côte d’Ivoire depuis longtemps et connaissent une évolution depuis ces dix dernières années.

La naissance des premiers maquis

Les maquis sont généralement des abris de fortune, construits en planches, en matériaux légers ou de récupération, notamment, des cartons d’emballage, des tôles de seconde main ou des contre plaqués d’occasion. Il peut s’agir également des espaces qui sont couverts par l’ombrage des arbres ou des endroits non couverts appelés communément espaces plein air. Les maquis offrent deux types de nourriture. A midi, c’est essentiellement la nourriture dite africaine. Les tenancières des maquis proposent plusieurs types de sauce, ayant pour accompagnement le riz, le foutu de l’igname ou de la banane plantain et bien d’autres plats bien appréciés des ivoiriens comme le « placali » (un dérivé du manioc). Pour le diner, les grillades sont à l’honneur. Sont au menu, les poissons et les poulets frits ou cuits à la braise, proposés le plus souvent avec de « l’attiéké » (également un dérivé du manioc). Quant à la boisson, il s’agit principalement de la bière et des boissons sucrées.

Un maquis d'Abidjan la nuit © GoAfricaOnline

L'évolution des maquis

Au fil du temps, les maquis ont pris une autre dimension et certains opérateurs du domaine de la restauration ont profité de la nature pour moderniser ou structurer les maquis qu’ils ont créés. En effet, des maquis ont été développés au bord de la mer, de la lagune ou dans des espaces très ombragés. Ces cadres connaissent du succès et sont très appréciés des ivoiriens et même des étrangers. On peut mettre en évidence, l’espace N’DOTRE, à la sortie Est d’Abidjan. Cet endroit est une sorte de petite forêt aménagée à la tradition africaine. On y mange des repas locaux arrosés au vin de palme, appelé communément « banqui », une boisson locale connue des ivoiriens. Les responsables ont installé un petit orchestre qui distille à voix basse une musique reposante. Les weekends et les jours de fête, l’espace N’DOTRE ne désemplit pas, et il n’est pas rare de rencontrer des personnages publics ou des personnalités connues. Au bord de la lagune ou de la mer, respectivement à Bingerville, sur la route de Grand-bassam ou à Jacqueville, des maquis existent. La spécialité de ces espaces, ce sont les grillades et les fruits de mer. Enfin, on retiendra également l’espace chez Ambroise à marcori, dans le sud d’Abidjan. Ce lieu sablonneux, qui dans la journée, sert de terrain de football aux jeunes du quartier, devient, le soir venu, un espace de gastronomie quasiment incontournable pour des célébrités comme Didier DROGBA ou Samuel ETO’O quand elles sont de passage à Abidjan. Les grillades et les braisés constituent la spécialité de chez Ambroise.

Les nouveaux types de maquis

Au début de la création des maquis, la nourriture était la principale activité. La boisson venait en second plan et concernait essentiellement les boissons artisanales (banqui, koutoukou) ou la bière. Mais depuis les années 2000, les nouveaux maquis qui se créent privilégient la boisson. Même si la nourriture existe, elle constitue une activité satellite, secondaire. Bâtis sur des espaces plus grands et structurés avec des autorisations d’occupation du domaine public, les nouveaux maquis sont surtout des espaces de rencontres de jeunes. Ces maquis sont nés dans le sillage du concept du coupé décalé, une musique créée par des jeunes ivoiriens. Dans les quartiers d’Abidjan et même à l’intérieur du pays, les nouveaux types de maquis prolifèrent, souvent avec des noms bien originaux. Super Sonia, Roland Garos, Parc des Princes, l’Internat, pour ne citer que ceux-là, ont connu ou connaissent une notoriété. La particularité de ces endroits, c’est la présence d’un Disque Joker (DJ) qui anime la soirée comme dans les bars ou boîtes de nuit. Au niveau de la boisson, sont servies les boissons industrielles, notamment, les différentes types de bière, le vin, la liqueur. Certaines sociétés de fabrication de boisson prennent en compte ces maquis dans le cadre de leurs activités et n’hésitent pas à signer des contrats avec eux pour la livraison régulière de boisson. De véritables plans de conquête de ces maquis sont élaborés par les entreprises de production de boisson. Toujours au niveau des nouveaux maquis, certains sont créés autour de la culture de certains groupes ethniques. A titre d’illustration, les maquis « au baoulé » ou les « akyé » sont des maquis où on ne joue que la musique des artistes d’origine baoulé ou akyé. Ces maquis deviennent de ce fait, des lieux d’échanges, de rencontres et surtout de retrouvailles pour les personnes issues de ces groupes ethniques.

Plats traditionnels Ivoiriens vous attendent dans les maquis d'Abidjan © GoAfricaOnline

Localisation des maquis

Au départ, les maquis étaient essentiellement dans les communes dites populaires, notamment, à yopougon et à abobo. On les retrouvait surtout dans les sous quartiers. Les prix des mets proposés dans ces endroits permettent aux petites bourses de se nourrir. Avec 300 CFA, il est possible de s’offrir un plat de riz ou de foutou. Les nouveaux types de maquis existent dans toutes les communes. Les communes comme cocody, marcori connaissent aussi le bouillonnement des maquis. A marcori, l’espace « mille maquis » reste prisé malgré la construction du pont Henri Konan BEDIE qui le rend moins visible. Même à l’intérieur du pays, les nouveaux types de maquis se sont imposés. Mais, la part belle revient à abobo et surtout à yopougon. Dans cette commune, les maquis se créent régulièrement. Il existe même des maquis dans les sous quartiers résidentiels. Les sous quartiers « Maroc » et « ananeraie » qui sont conçus pour le repos subissent les bruits souvent assourdissants des maquis. Selon certaines personnes, il y a à yopougon autant de maquis qu’il y a d’habitations, ceci pour mettre en évidence le nombre important de maquis dans cette commune.

Exportation des maquis dans les pays voisins

Les maquis connaissent du succès au-delà des frontières ivoiriennes. Le Burkina-Faso, le Bénin, le Togo, le Mali, etc… ont développé les maquis et organisent des évènements autour de ces espaces. Dans ces pays comme en Côte d’Ivoire, les maquis ne sont pas que dans les capitales, ils en existent les villes de l’intérieur du pays.

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