Les télécommunications en Côte d'Ivoire

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Les télécommunications constituent aujourd’hui une composante importante de l’émergence projetée de la Côte d’Ivoire. Du réseau de téléphone fixe à la téléphonie mobile, en passant par l’internet et le système informatique, les télécommunications se développent rapidement et sont utilisées dans la vie courante, aussi bien par l’administration, le secteur privé que la population en générale. Ce boum technologique peut s’expliquer par les dispositions juridiques et institutionnelles adoptées par la Côte d’Ivoire en la matière, et également par l’évolution des télécommunications dans le monde.

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Historique des télécommunications en Côte d’Ivoire

Dès les premières années de l’indépendance et jusqu’en 1995, les télécommunications étaient gérées directement par l’Etat ou par ses démembrements. C’était la période du monopole étatique. Ainsi, après une gestion directe par l’Etat, en 1975, pour en améliorer la rentabilité et les conditions d’exploitation, le gouvernement confiera la gestion du secteur des postes et télécommunications à deux structures étatiques que sont l’Office des Postes et Télécommunications (OPT) et la Société des Communications Internationales de Côte d’Ivoire (INTELCI). En 1984, il est créé l’Office des Services Postaux (ONP) et l’Office des Services de Télécommunications (ONT). L’ONT, acteur majeur du secteur à l’époque, assurera le monopole jusqu’en 1991, date la création de CI-Telecom, qui, lui, assurera le monopole jusqu’en 1995.

Les mutations du 20ème siècle : réglementaires, technologiques, économiques et sociales

Le secteur des télécommunications n’a pas échappé au processus d’ouverture des économies africaines entamées dans les années 90. Cette ouverture est marquée par l’adoption d’une réglementation adaptée à la politique d’ouverture. Ainsi, le 7 juillet 1995, une loi portant code des télécommunications est prise. Elle entérine la libéralisation du secteur et dessine le nouveau paysage des télécommunications, marquée par :

  1. la fin du monopole de CI-Télécom ;
  2. l’ouverture du marché à des opérateurs privés ;
  3. la mise en place d’un cadre règlementaire adapté à la concurrence.

Côte d'Ivoire Télécom, acteur majeur de la filière des télécoms qui s'est ouverte à la libéralisation © CIT

Sur le plan technologique, économique et social, le secteur connait une mutation importante depuis le phénomène de la libéralisation en Côte d’Ivoire. Selon monsieur Alain François LOUKOU, enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, de l’histoire de toutes les technologies existantes, la diffusion de celles relatives à l’information et à la communication a été incontestablement la plus rapide à se réaliser en Côte d’Ivoire. (Alain François Loukou, Les mutations dans le secteur des télécommunications en Côte d’Ivoire et leurs implications http://rfsic.revues.org/660#tocfrom1n3). Comparés aux techniques de communication précédentes (télégraphie, téléphonie, radio, télévision, etc.), la téléphonie mobile cellulaire, l’informatique, l’Internet, etc. ont connu une expansion géographique et sociale plus rapide. Par ailleurs, l’appropriation par les populations des produits numériques ou multimédias (CD, DVD, cartes mémoire, clés USB, appareils photo, caméras, etc.) s’est faite de façon tout aussi rapide et généralisée. Toujours selon monsieur LOUKOU, on observe que les télécommunications jouent un rôle de plus en plus important dans la structure de l’économie ivoirienne car tous les secteurs d’activité ont désormais recours aux télécommunications pour plus d’efficacité et de rapidité dans leur fonctionnement.

Sur le plan social, grâce aux nouvelles technologies, notamment, la téléphonie, l’informatique et l’audiovisuel, les ivoiriens communiquent plus régulièrement. On a abouti ainsi, à un recours intensif de l’information.
Au niveau économique, l’apport du secteur des télécommunications est indéniable. Suivant monsieur Koné Nabagné Bruno, ministre de la Poste, des Technologies, de l’Information et de la communication

En Côte d’Ivoire, le poids et l’impact des TIC sur l’économie nationale sont considérables en termes d’investissements, d’emplois, de production et de génération de ressources pour l’Etat. Les TIC, c’est 7 à 8% du Produit intérieur brut (PIB), 150.000 emplois, 10% des ressources fiscales.
Ces résultats spectaculaires sont à mettre en grande partie au crédit de la politique de libéralisation du secteur qui a favorisé un climat d’investissements massifs.

L’arrivée de la téléphonie mobile

La libéralisation du secteur des télécommunications a coïncidé avec l’apparition d’un nouveau moyen de communication, à savoir, le téléphone mobile. Introduit en Côte d’Ivoire au milieu des 90, il fut lancé par la société américaine COMSTAR en 1994. Deux ans plus tard, arrivent deux autres opérateurs, notamment, Ivoiris, qui est devenu aujourd’hui Orange Côte d’Ivoire, et Telecel de Loteny, qui a été par la suite racheté par la multinationale MTN. Aujourd’hui, au moins six sociétés opérationnelles exercent dans le domaine de la téléphonie mobile.

Arrivée de la téléphonie mobile en Côte d'ivoire, un bouleversement dans les télécommunications © Fotolia

Les acteurs majeurs du secteur des télécommunications

Plusieurs acteurs majeures, ayant des fonctions et des qualités différentes exercent dans le secteur des télécommunications. Il y a les structures privées qui opèrent dans le téléphone mobile. Ce sont Orange Côte d’Ivoire, MTN Côte d’Ivoire , MOOV Côte d’Ivoire , Comium Côte d’Ivoire, GreeN Côte d’Ivoire, Café Mobile. Pour le téléphone fixe, les principaux acteurs sont Côte d’Ivoire Télécom et MTN Côte d’Ivoire. Il y a également les fournisseurs d’accès internet. On peut citer AfricaOnline, AfNet, Afrique Tech et Services, Afrisofts, Alink Télécom CI, CFAO Technologies, CI-Multi Média (CI2M) Aviso, Média Works, Monicash, Telesat. Il faut préciser qu’Orange Côte d’ Ivoire, MTN Côte d’ Ivoire, MOOV Côte d’ Ivoire et Côte d’Ivoire Télécom interviennent dans l’activité internet.
A côté de ces structures privées, il y a le Ministère de la Poste et des technologies de l’information et de la communication qui a pour mission principale de faire la promotion et la vulgarisation du secteur des télécommunications. Il y a enfin, l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI).

Autorité de Régulation des Télécommunications TIC © artci.ci

L’arrivée de l’internet en Côte d’Ivoire

Depuis au moins une vingtaine d’années, les ivoiriens utilisent régulièrement internet dans la réalisation de leurs activités. La première entreprise à fournir internet est Côte d’Ivoire Télécom. Dans un premier temps, les Ivoiriens devaient se connecter à internet via la ligne ADSL, c’est-à-dire par le biais de leur ligne téléphonique, solution pour laquelle il est toujours possible d’opter aujourd’hui. Lorsque la connexion se fait par l'ADSL, l’internet est desservi par des câbles sous-marins, l'ensemble de ceux-ci étant gérés par Côte d'Ivoire Télécom. Cette entreprise, à travers son département internet aviso, dispose d'un monopôle sur les lignes ADSL du pays et les loue aux autres fournisseurs d'accès internet qui se chargent à leur tour de les commercialiser aux multiples utilisateurs locaux. Aujourd’hui, à côté de l’internet fixe, se développe l’internet mobile qui est fourni par les différents opérateurs de téléphonie mobile dont font partie Orange-CI, MTN-CI et Moov-CI, grâce aux clés USB data internet, aux Box internet et aux Bornes Wifi mobile.

Etat de la connectivité au net dans la population ivoirienne et dans les entreprises

Grâce au développement rapide des technologies de l’information, l’internet a pénétré les habitudes des ivoiriens . En 2000, on recensait près de 20.000 utilisateurs de l'internet, chiffre qui est monté à 300.000 trois ans plus tard. En 2012, le nombre d'utilisateurs s'élevait à près de 2 millions de personnes.

Aujourd’hui, internet est un outil essentiel dans tous les secteurs d’activité . Il a même engendré des activités lucratives (transfert d’argent, cybercafé, cabine cellulaire, etc.). Pour les entreprises et même pour l’administration, l’internet est devenu un outil important de travail.

Les cybercafés Ivoiriens, l'une des évolutions due à l'arrivée d'internet

Dans le cadre de la modernisation de la gestion de l’Etat, le gouvernement ivoirien a initié le Projet de Gouvernance Electronique, E-GOUV (www.egouv.ci).

Ce projet a pour but d’améliorer les conditions de travail de l’Administration ivoirienne en incluant l'usage des technologies de l'information et de la communication afin d'améliorer la qualité des services rendus aux citoyens et aux entreprises.
Deux axes principaux se dégagent du programme de gouvernance électronique. eAdministration et eService.

Le premier vise l’amélioration des conditions de travail de l’Administration par l’usage des TIC. La mise en œuvre de cet axe passe par la réalisation d’un intranet gouvernemental interconnectant la Présidence de la République, le Cabinet du Premier Ministre, le Secrétariat Général du Gouvernement et les Cabinets Ministériels.

Le deuxième concerne l’amélioration des services publics fournis par l’Administration aux citoyens et entreprises par l’usage des TIC. En plaçant le citoyen et ses attentes au centre de ses préoccupations, le Gouvernement doit parvenir à mettre en place des services de qualité plus efficaces, plus accessibles et plus transparents pour les usagers. Via l'usage des technologies de l'information, l'eService permet donc d'améliorer la réactivité et la qualité des services offerts par l'administration publique vis-à-vis des citoyens et du secteur privé.

Les atouts et faiblesses des télécommunications en Côte d’Ivoire

Conscient du rôle important des télécommunications dans le développement, l’Etat ivoirien a créé un cadre favorable à son développement, notamment, la libéralisation du secteur. Ainsi, la présence de plusieurs opérateurs au niveau du téléphone mobile par exemple, entraine une baisse des coûts de communication. Ces entreprises et l’Etat investissent d’importantes ressources pour améliorer les différents services. Sur le plan institutionnel, l’autorité de régulation veille au respect des règles d’exercice des activités. Au niveau opérationnel, les acteurs ne manquent pas d’imagination pour satisfaire la population. Aussi bien dans le domaine de l’internet que du téléphone fixe ou mobile, des services innovants sont proposés à la clientèle. Et grâce à la propension de la population ivoirienne à utiliser les nouvelles technologies, ces services se développent rapidement.

Le coût élevé des communications reste un frein à l’extension des TIC

En dépit de ces atouts, le développement des télécommunications est freiné par des faiblesses. Entre autres faiblesses, on peut citer le coût élevé des communications. En effet, malgré les efforts entrepris par les différents acteurs, une bonne partie des ivoiriens considère que la communication coute chère en Côte d’Ivoire. A titre d’illustration, pour l’abonnement à internet via l'ADSL, il faut d'abord prendre en compte le prix d'achat du modem et sa mise en service qui peut varier entre 31.000 Francs CFA et près de 300.000 Francs CFA en fonction de l'opérateur choisi. Concernant le prix des clés, il est d'environ 15.000 Francs CFA pour les clés 3G et de 30.000 Francs CFA pour les clés Wimax. Il faut encore rajouter le prix de l'abonnement mensuel qui peut s’élever à 30.000 Francs CFA par mois. Lorsqu’on met en parallèle ces montants et le SMIG en Côte d’Ivoire qui ne dépasse pas 70.000f, on pourrait affirmer que le coût des communications est un facteur bloquant de l’expansion des télécommunications.

A côté de l’importance du coût, il y a également le phénomène de la cybercriminalité. Elle est constituée de l’arnaque aux sentiments, l’usurpation de titre et le détournement des transferts. La cybercriminalité a fortement écorché l’image de la Côte d’Ivoire au point où certains pays européens l’ont déclarée comme un Etat à ne plus côtoyer sur le réseau internet.

Enfin, il y a l’insuffisance des installations techniques qui influe souvent sur la qualité des prestations.

Les défis à relever dans le futur

Il n’est un secret pour personne, l’Etat de côte d’Ivoire accorde une place importante aux télécommunications. C’est pour cette raison, il initie et accompagne tous les projets allant dans le sens du développement des TIC.
La création du Village des Technologies de l’Information et de la Biotechnologie (VITIB) est la manifestation de cet intérêt. Ayant pour ambition de devenir la vitrine de la technologique en Afrique, l’exploitation rationnelle de VITIB constitue, de cet fait, un défi important.

Amélioration des installations techniques

Un autre défi, c’est l’amélioration des installations techniques existantes par l’utilisation des fibres optiques d’ici le mois de juillet 2015. C’est un programme de fourniture et d’établissement d’un réseau de transmission de 7.000 km de fibres optiques et de fourniture et d’installation d’un commutateur et équipement de réseau d’accès Code division multiple access qui émane du réseau national haut débit. Avec cet outil, l’objectif est de vulgariser l’accès aux différents services que peuvent offrir à toutes les couches de la population les TIC (accès à internet, la téléphonie, la télécopie, la visioconférence, le téléenseignement, l’interconnexion entre les universités, etc.).

La promotion des TIC est également un objectif du gouvernement qui a lancé plusieurs projets dont le projet « un citoyen, un ordinateur, une connexion internet » et la construction de 5.000 cybers centres. Le premier vise à mettre à la disposition de 500.000 familles des kits composés de micro-ordinateurs et d’un accès à internet. Pour le deuxième projet, les cybers centres seront construits dans les villages de plus 500 habitants pour leur permettre d’avoir accès aux services des TIC.

Enfin, la lutte contre la cybercriminalité est un challenge pour la Côte d’Ivoire. Pour ce faire, le gouvernement a mis en place un dispositif pour contrer les effets pervers de l’internet. Il a été créé la Direction de l’informatique et des traces technologiques, logée au Ministère d’Etat, Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité. Selon le premier responsable de cette direction, sa structure est assez outillée pour retracer les criminels grâce à une collaboration franche avec la police judiciaire, économique et la police des drogues. Les ivoiriens et les autres pays attendent beaucoup de cette instance pour vaincre la cybercriminalité.

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